Les Amazones de Guinée
Les Amazones de Guinée

100% femmes, 100% militaires, 100% africaines ! Dans le monde de la musique africaine, les Amazones de Guinée sont un peu un OVNI. Depuis le début des années 60 elles parcourent le continent, et parfois au-delà, en apportant leur petite touche personnelle et joyeuse à la cause de l’émancipation des femmes.
 


Biographie

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« RETOUR EN FORCE DES AMAZONES ! ». Ainsi commence « Wamato », le nouvel opus des Amazones de Guinée, la référence des orchestres féminins en Afrique, symbole de l’émancipation de la femme africaine.

Elles ont représenté la Guinée de Sékou Touré aux quatre coins de la planète tout au long des années 60 et 70. On les appelait alors les « Déesses de la musique africaine », « les Tigresses de planches ». Il est vrai que les Amazones révèlent toute leur grâce et leur magie sur scène. Gracieuses certes, mais gendarmes également.

Qui reconnaîtrait ces quinze femmes dans leurs tenues kaki de service ? A la sortie de leur premier album en 1961, et à ce jour toujours inédit, les Amazones s’appelaient l’Orchestre féminin de la Gendarmerie de Guinée. Assurément leur nouveau nom, Amazones de Guinée, sonnera plus glamour à l’étranger ! Ainsi les gendarmes deviendront des Amazones.

Les premières années, les musiciennes jouent en accoustique : mandolines, violons, violoncelles, contrebasses, bongos, congas. Avec ces instruments, elles créent une musique limpide, chantant des titres qui exhortent les femmes africaines à se libérer de leurs complexes hérités du système coutumier et féodal. « Femmes d’Afrique », « Vive les femmes africaines » étaient des hymnes repris par toute la gente féminine dans les années 60.

C’est en 1965 que surviendra le grand virage des instruments électriques. Basse, guitare, batterie font leur apparition, de même que les cuivres avec les trompettes et les saxs ténor et soprano.

Pendant plus d’une décennie, les Amazones sillonnent en vraies Reines d’Afrique le continent alors que toutes les tentatives de groupe similaires échouent les unes après les autres. Le Festac de 1977 à Lagos signera l’apogée de ce cycle et leur beauté et maestria séduiront toute l’intelligentsia afro de l’époque qui avait fait de ce sommet culturel de Lagos un moment fort de l’histoire des « afro-musiques ».

1983 marquera enfin le premier enregistrement phonographique sous leur nom avec « Au cœur de Paris » où l’on retrouve le truculent morceau « Samba » qui décrit la vie d’un homme qui ne sait pas ce qu’il veut ou « PDG », ode au parti de Guinée avec les virevoltants solos de guitare de Nyépou Habas, l’incomparable Reine.

Aujourd’hui, les Amazones reviennent vingt-cinq années après cet album enregistré en plein cœur de Paris.

Deux albums en quarante-sept ans ! Quel groupe aussi populaire à travers l’Afrique peut se prévaloir d’une discographie si peu prolifique ? Les Amazones ont été la référence des groupes féminins dans l’Afrique des années post-indépendance, symbole de l’émancipation de la femme africaine et sont demeurées un exemple rarement imité.

Aussi leurs activités de militaires font d’elles des femmes de devoir à qui le travail ne fait pas peur. A voir ces quinze femmes gendarmes se concentrer sur leur instrument pour une ultime répétition avant la présentation publique de l’album à Conakry, on le comprend ! Dans le hangar surchauffé jouxtant le Palais du Peuple, le commandant Salématou Diallo a les yeux rivés sur le manche de sa basse, de grosses gouttes de sueur perlant sur son front. Les quinze Amazones ont délaissé l’uniforme kaki pour d’amples boubous et troqué leurs armes de service pour des instruments de musique.

Sur la route chaotique et boueuse qui menait leur minibus de Conakry à Bamako où elles allaient enregistrer au studio Bogolan, l’heure était malgré tout eu recueillement et à la concentration. Cet enregistrement marquait un nouveau départ avec l’intégration de nouvelles « recrues » après le décès de certaines des Amazones originelles comme Nyépou Haba, surnommée la Reine des Amazones ou encore le départ à la retraite des plus anciennes.

Dans le studio où sont enregistré feu Ali Farka Touré, Damon Albarn, Rokia Traoré, Oumou Sangaré, Idrissa Soumahoro ou le groupe Mandekalou, les Amazones ont retrouvé la fluidité de leurs jeux de guitares et ont enregistré un album qui fait honneur à la réputation de ces artistes incontournables de l’histoire de la musique africaine.

A propos, pourquoi les Amazones ? leur patronyme est une référence à l’histoire africaine, à ces guerrières du roi Behanzin du Bénin qui ont fait don de leur vie pour la liberté, l’égalité et la paix. Des valeurs que ces Reines vont perpétuer lors de leurs prochaines tournées qui vnt ouvrir une nouvelle page de leur si longue épopée.

Pierre René-Worms

 

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